jeudi 22 février 2018









“Aurès 1935” : l'exposition inédite à Montpellier de deux photographes pionnières chez les Berbères

Portrait de jeune Berbère par Thèrèse Rivière. / © Thérèse Rivière

Portrait de jeune Berbère par Thèrèse Rivière. / © Thérèse Rivière


Clichés en noir et blanc de la culture berbère chaouia. Et surtout regard sensible de deux femmes d'exception, missionnées par la France pour étudier les Aurès en 1935. 120 photos de Germaine Tillion et Thérèse Rivière sont enfin rassemblées au Pavillon populaire de Montpellier.
L'exposition a ouvert ses portes ce mercredi et durera jusqu'au 15 avril. "Aurès, 1935" rassemble à Montpellier 120 photos sur la société berbère, dans le massif des Aurès, au siècle dernier. Un témoignage ethnologique rare sur les Chaouias maintenant disparus mais aussi l'occasion de saisir un regard unique: Celui de deux jeunes femmes parties avant la seconde guerre mondiale vers le Sahara pour une longue étude (deux ans) du peuple des Aurès.
Missionnées par le musée du Trocadéro

Elles ont respectivement 28 et 36 ans lorsqu'elles partent, ensemble, dans le massif de l'Aurès, à la lisière du Sahara. Germaine Tillion et Thérèse Rivière sont déjà photographes. Et elles sont missionnées pour une longue enquête par le musée d'ethnographie du Trocadéro, qui deviendra en 1937 le musée de l'Homme.
Elles ont respectivement 28 et 36 ans lorsqu'elles partent, ensemble, dans le massif de l'Aurès, à la lisière du Sahara. Germaine Tillion et Thérèse Rivière sont déjà photographes. Et elles sont missionnées pour une longue enquête par le musée d'ethnographie du Trocadéro, qui deviendra en 1937 le musée de l'Homme.
Thérèse Rivière, lors de sa mission, chez les Ouled Abderrahman, au Douar Tadjmout.
Thérèse Rivière, lors de sa mission, chez les Ouled Abderrahman, au Douar Tadjmout.

La mission des deux jeunes femmes reste peu connue, notamment au regard de deux autres expéditions phares des années 1930: Dakar-Djibouti (1931-1933) par Michel Leiris et Marcel Griaule et l'Amazonie de Claude Lévi-Strauss (1934).

Germaine Tillion, dans les Aurès. / © Association Germaine Tillion
Germaine Tillion, dans les Aurès. / © Association Germaine Tillion

"Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia", explique Christian Phéline, le commissaire de l'exposition, à nos confrères de l'AFP.

Un travail oublié puis redécouvert


Longtemps oublié et perdu en raison du destin tragique de ses auteures (la déportation de 1942 à 1945 pour la résistante Germaine Tillion et un internement psychiatrique de plus de deux décennies pour Thérèse Rivière de 1948 à sa mort), leur travail commun sur les quelques 60.000 Chaouia, population berbère qui conservait alors
une économie agropastorale organisée autour de ses greniers collectifs, est ainsi mis en lumière.
Germaine Tillion en expédition photographique à la lisière du Sahara. / © Association Germaine Tillion
Germaine Tillion en expédition photographique à la lisière du Sahara. / © Association Germaine Tillion
Il faudra attendre 1987 pour que soit retrouvée et publiée la centaine de clichés de Thérèse Rivière qui avait illustré l'exposition sur l'Aurès présentée au Musée de l'Homme de 1943 à 1946.
Et ce n'est qu'en 2000 qu'ont été retrouvés chez Germaine Tillion par la biographe Nancy Wood quelque 1.200 négatifs pris dans les Aurès à partir de 1935.

Deux femmes, deux regards


Thérèse Rivière, plutôt "ethnographe" de terrain se montre très empathique dans son approche des Aurésiens (un effet renforcé par l'utilisation d'un Leica, qui permet des prises de vue rapprochées). De son côté, Germaine Tillion, davantage "ethnologue" est plus portée à la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet.
Jeune fille, Aurès. photographie de Germaine Tillion. / © Association Germaine Tillion
Jeune fille, Aurès. photographie de Germaine Tillion. / © Association Germaine Tillion

"La sauvagerie, c'est en Europe que je l'ai apprise"


Les rapports entre l'histoire et la photographie seront le fil conducteur des expositions de l'année au Pavillon populaire de Montpellier. Ainsi, ce premier volet est avant tout un "témoignage de la pratique ethnographique des années 1930".

"Les photographies de Germaine Tillion et Thérèse Rivière donnent à voir une société traditionnelle encore préservée" et "ramènent également à la source des engagements algériens de Germaine Tillion après 1954 et à sa pensée d'ethnologue" analyse Christian Phéline.


l'Aurès sera, dès 1954, l'un des épicentres de la lutte indépendantiste contre le pouvoir colonial français. L'armée française y expérimentera alors la politique de "regroupement" des populations villageoises qui déstabilisera définitivement la société chaouia dont Germaine Tillion avait déjà observé la nette "clochardisation" entre 1935 et 1954.

A la fin de l'exposition, une phrase de la résistante inscrite en noir sur un mur blanc résume son douloureux parcours: "J'étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c'est en Europe que je l'ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages".


Pour aller plus loin....Découvrez le documentaire français de François Gauducheau produit en 2011 : "Les images oubliées de Germaine Tillion"
Elles ont respectivement 28 et 36 ans lorsqu'elles partent, ensemble, dans le massif de l'Aurès, à la lisière du Sahara. Germaine Tillion et Thérèse Rivière sont déjà photographes. Et elles sont missionnées pour une longue enquête par le musée d'ethnographie du Trocadéro, qui deviendra en 1937 le musée de l'Homme.
Thérèse Rivière, lors de sa mission, chez les Ouled Abderrahman, au Douar Tadjmout.
Thérèse Rivière, lors de sa mission, chez les Ouled Abderrahman, au Douar Tadjmout.

La mission des deux jeunes femmes reste peu connue, notamment au regard de deux autres expéditions phares des années 1930: Dakar-Djibouti (1931-1933) par Michel Leiris et Marcel Griaule et l'Amazonie de Claude Lévi-Strauss (1934).

Germaine Tillion, dans les Aurès. / © Association Germaine Tillion
Germaine Tillion, dans les Aurès. / © Association Germaine Tillion

"Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia", explique Christian Phéline, le commissaire de l'exposition, à nos confrères de l'AFP.

Un travail oublié puis redécouvert


Longtemps oublié et perdu en raison du destin tragique de ses auteures (la déportation de 1942 à 1945 pour la résistante Germaine Tillion et un internement psychiatrique de plus de deux décennies pour Thérèse Rivière de 1948 à sa mort), leur travail commun sur les quelques 60.000 Chaouia, population berbère qui conservait alors
une économie agropastorale organisée autour de ses greniers collectifs, est ainsi mis en lumière.
Germaine Tillion en expédition photographique à la lisière du Sahara. / © Association Germaine Tillion
Germaine Tillion en expédition photographique à la lisière du Sahara. / © Association Germaine Tillion
Il faudra attendre 1987 pour que soit retrouvée et publiée la centaine de clichés de Thérèse Rivière qui avait illustré l'exposition sur l'Aurès présentée au Musée de l'Homme de 1943 à 1946.
Et ce n'est qu'en 2000 qu'ont été retrouvés chez Germaine Tillion par la biographe Nancy Wood quelque 1.200 négatifs pris dans les Aurès à partir de 1935.

Deux femmes, deux regards


Thérèse Rivière, plutôt "ethnographe" de terrain se montre très empathique dans son approche des Aurésiens (un effet renforcé par l'utilisation d'un Leica, qui permet des prises de vue rapprochées). De son côté, Germaine Tillion, davantage "ethnologue" est plus portée à la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet.
Jeune fille, Aurès. photographie de Germaine Tillion. / © Association Germaine Tillion
Jeune fille, Aurès. photographie de Germaine Tillion. / © Association Germaine Tillion

"La sauvagerie, c'est en Europe que je l'ai apprise"


Les rapports entre l'histoire et la photographie seront le fil conducteur des expositions de l'année au Pavillon populaire de Montpellier. Ainsi, ce premier volet est avant tout un "témoignage de la pratique ethnographique des années 1930".

"Les photographies de Germaine Tillion et Thérèse Rivière donnent à voir une société traditionnelle encore préservée" et "ramènent également à la source des engagements algériens de Germaine Tillion après 1954 et à sa pensée d'ethnologue" analyse Christian Phéline.


l'Aurès sera, dès 1954, l'un des épicentres de la lutte indépendantiste contre le pouvoir colonial français. L'armée française y expérimentera alors la politique de "regroupement" des populations villageoises qui déstabilisera définitivement la société chaouia dont Germaine Tillion avait déjà observé la nette "clochardisation" entre 1935 et 1954.

A la fin de l'exposition, une phrase de la résistante inscrite en noir sur un mur blanc résume son douloureux parcours: "J'étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c'est en Europe que je l'ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages".


Pour aller plus loin....Découvrez le documentaire français de François Gauducheau produit en 2011 : "Les images oubliées de Germaine Tillion"

Par Sylvie BONNET avec l'AFP
source :https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/aures-1935-exposition-inedite-montpellier-deux-photographes-pionnieres-berberes-1418331.html